Quand l'automne est là...
comment au mieux soutenir la nature ?
Une interview de Mickaël Maurice
et d'Adrien Hauviller,
colistiers désireux de partager
leur passion pour la faune et la flore.

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Guillaume d’Erk :
que peut-on faire pour aider les plantes et les animaux à passer la saison automnale et à se préparer à l’hiver, afin de préserver au mieux notre environnement ?
Mickaël Maurice : concernant les animaux, il y a deux incontournables : ils ont besoin de se nourrir et de s’abreuver. Manger, boire, c’est la vie, la base de tout. Pour les oiseaux, il faut penser à installer des petits bacs d’eau, pas trop profonds pour qu’ils ne se noient pas, avec toujours un bout de bois ou une petite pierre pour se poser. Si l’oiseau a du mal à sortir de l’eau, il s’appuie dessus pour d’abord se sécher.
Adrien Hauviller : oui, même l’hiver un oiseau se baigne ! Avec son bec, il se mouille, se nettoie les plumes, s’ébroue : c’est sa toilette, tous les jours ! Il lui faut donc de l’eau en permanence, c’est primordial. Les hérissons aussi, avant qu’ils n’hibernent, ont besoin de trouver de l’eau. On peut mettre à leur disposition des réserves, pas trop profondes - pour les mêmes raisons que pour les oiseaux - et des petits refuges : un tas de feuilles au fond du jardin, un petit abri de bûches…
Mickaël : par contre, les hérissons, il ne faut pas prendre l’habitude de les nourrir, car c’est un piège écologique pour eux, parce qu’ils délaissent alors leur nourriture habituelle pour celle offerte par l’homme. C’est comme pour les animaux dans un zoo ! Si on remet un lion dans la nature, il sera perdu, et ne saura plus chasser l’antilope ou la gazelle…

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Un hérisson, ça mange des escargots, des limaces, des petits batraciens, c’est un prédateur d’une toute petite faune. Cela en fait un allié du jardin, un défenseur du potager qui préserve les plantations de tous les petits insectes qu’on ne voit pas !
Pour les oiseaux, c’est un peu différent : on peut leur mettre des graines de tournesol, des cacahuètes… les boules de graisse, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. Je me souviens – Adrien aussi ! - que nos parents et grands-parents enlevaient le lard blanc du cochon et accrochaient des morceaux à un arbre avec un bout de ficelle.
Et les mésanges se jetaient dessus, c’était la régalade !
Guillaume d’Erk :
justement, en cette saison la flore aussi se met en veille : que peuvent trouver les petits animaux pour se nourrir ?
Mickaël : tout ce que les haies renferment de trésors ! C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut les préserver. C’est un lieu nourricier par excellence pour la petite faune. Dans les haies, il y a de tout. Des prunelles, des graines d’églantier, des pommes sauvages, de l’aubépine, des noisettes, des baies de toutes sortes : un vrai garde-manger pour de nombreuses espèces.
Adrien : et un refuge pour tous ! Il faut savoir qu’en 50 ans, 73 % de la population des oiseaux a disparu. Tout ce qui est à découvert est vulnérable, et si un rapace, un faucon crécelle pourchasse une mésange, il ne pourra pas l’atteindre si elle se réfugie dans une haie. Il y a urgence à s’en préoccuper. Et en 30 ans, 80 % des insectes aussi ont disparu. Tout est lié : moins de moucherons, par exemple, c’est moins d’hirondelles.

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Guillaume d’Erk :
Pour les hirondelles, l’idée de placer des bacs à boue a fait son chemin. Pourquoi est-ce devenu indispensable aujourd’hui ?
Mickaël : parce que la boue – qui n’est autre que de la terre et de l’eau ! – est la base de la construction de leurs nids. Avant, il y avait des mares, des zones humides, la boue se trouvait plus facilement mais avec l’urbanisation c’est devenu de plus en plus difficile. Donc mettre des bacs à boue, c’est très bien, mais par contre, il faut les entretenir. Il faut penser à les alimenter plutôt au printemps, fin février début mars, juste avant l’arrivée des hirondelles. Et on peut rajouter à proximité un peu de paille ou de foin, elles s’en serviront pour consolider leurs nids. Un nid trop fragile, c’est un risque de chute et de mort des oisillons…
Adrien : je pense aussi aux mésanges, qui sont les seules à ouvrir les cocons des chenilles processionnaires et à manger les larves. Plus elles disparaissent, plus on en sera envahis ! On peut leur mettre des nichoirs dans les arbres, des mangeoires pour les attirer, loin des clôtures, murs et arbres, afin de limiter les perchoirs pour les chats ! Et les alimenter sans oublier de les nettoyer chaque semaine, pour éviter les maladies.
Guillaume d’Erk :
Nous avons donc, nous les humains, un vrai rôle à jouer pour sauvegarder notre environnement ?
Adrien : oui, c’est évident ! Toutes ces idées sont en fait des choses très simples. Pour ma part j'ai appris tout ça quand j’étais gosse, mais je constate que la nature a de plus en plus de mal à se régénérer seule. Nous avons, individuellement et collectivement, des comportements qui lui sont nuisibles. Et je ne parle pas que du problème des déchets qui la polluent !

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Mickaël : je suis tout à fait d’accord ! L’homme est un élément de la nature, qui nous nourrit, nous abreuve, en bref nous permet de vivre. La préserver, l’entretenir, c’est maintenir toute la sérénité qu’elle nous offre. C’est du bonheur que d’écouter le chant des oiseaux, croiser un écureuil… tiens, lui aussi a besoin des haies pour se protéger des chats, des fouines, et pour trouver de quoi se nourrir. À cacher ses noix et noisettes partout, c’est un vecteur de plantation de noyers, de noisetiers. Comme le geai est un planteur de chênes.
Guillaume d’Erk : ah le chêne ! Parlons donc des arbres pour clôturer cet entretien : quels conseils pouvez-vous nous donner ?
Mickaël : Commencer par les regarder autrement, se promener un peu plus le nez en l’air ! Veiller au mieux à leur bonne santé, par exemple couper le lierre qui les envahit car cela augmente leur prise au vent lors des tempêtes, notamment sur nos terres crayeuses où les racines n’ont pas de profondeur.
Adrien : oui, s’y intéresser, apprendre à les identifier. Notre simple ancienne ligne de chemin de fer regorge d’essences différentes : entre pruniers, noisetiers, noyers, frênes, peupliers, noisetiers, châtaigniers… et j’en oublie certainement, nous avons de quoi se réjouir de notre belle nature !

